Le regard de Bruno Bisaro
poète, musicien

 

Il y a tout d'abord dans cette compagnie l'esprit d'un véritable théâtre populaire cher à Jean Dasté à qui nous devons tellement et à tant d'autres. Il y a ensuite toute une élégance et toute une mécanique de la précision : pas de maniérisme mais une radicalité dans la forme pour raconter cette fable des temps modernes, temps de l'ère numérique qui succède à l'ère mécanique, temps de la ville qui perd la mémoire ou qui la retrouve soudain dans l'évocation des pagailles, des révoltes, des révolutions du passé. Et puis, il y a le ciel des villes chargé de particules fines qui lui donnent des couleurs, les immeubles bourgeois qui craignent le peuple non pas pour ce qu'il est mais parce qu'il est un ravaleur de façade et un casseur de carreaux, sujet de la révolte hier, soumis au burn out aujourd'hui.
Et puis, il y a la nécessité du bruit et une parole qui existe parfois dans le contingent. Il y a des paroles qui ne tombent pas.
Il y a le temps : et si le métro-boulot-dodo n'était qu'un irrésistible besoin de revenir à un vieil état de nature, à un temps cyclique, pour échapper à la monotonie de ce qui est trop linéaire. Et puis, il y a ce qu'on érige dans des villes comme Paris qui n'avaient jamais rêvé jusqu'à un temps très récent de verticalités. Il y a surtout pour faire vivre les pierres, le béton, le verre, les façades des immeubles, les horloges des gares et faire vivre l'envers du décor : nous-mêmes suicidés en puissance pour le cours d'une action et empoisonnés par nous-mêmes dans notre obligation de nous fondre dans un décor que nous avons nous-mêmes créé, il y a surtout pour faire vivre les choses, des comédiennes et des comédiens au talent impressionnant, une mise en scène précise et pensée comme une chorégraphie, une écriture, celle d'un théâtre fleuve, d'un roman politique. Il y a de la joie et du désir. A voir et à revoir !

 

Bruno Bisaro
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